Un peu d'histoire sur cette maison
Frédérick Thomas est né à Leeds
(Angleterre), le 19 mai 1907 et le destin a voulu qu’il rencontre une
souletine, Claire Jancène, née à Haux. Ils se marient à Paris en 1931.
Après avoir sillonné toute l’Europe pour son travail (Commerce
international), Monsieur Thomas va se retrouver à Gotein-Libarrenx où
il s’installe, avec son épouse, dans la maison Sorsaburia achetée en
1963.
Ce n’est qu’en 1971, ayant été élu maire, que j’aurai l’occasion de le
rencontrer. Il suffira de quelques conversations pour me rendre compte
que c’était un personnage hors du commun. Il parlait plusieurs langues
: l’anglais, le français, l’allemand, le néerlandais, l’espagnol, le
portugais et le souletin appris auprès de son épouse.
M. Thomas m’a toujours dit qu’il était gallois. Est-ce parce qu’il
n’avait aucune sympathie pour la famille royale anglaise ? A l’occasion
de leurs noces d’or, il va faire un cadeau à sa femme en demandant sa
naturalisation. Plus d’anglais, plus de Gallois, il devient français en
1982.
Quelques anecdotes, parmi de très nombreuses, illustrent bien son originalité …
- me rendant un jour au Centre des Impôts, j’apprends
que j’ai dans la commune un curieux contribuable. C’est Mr Thomas qui a
écrit, après avoir apporté quelques améliorations à son habitation,
pour se plaindre de « payer des impôts ridiculement bas ».
- hospitalisé à Oloron, pour une intervention
chirurgicale, M. Thomas écrit en alexandrins à son docteur, le Dr
Herran de Mauléon, pour lui raconter son séjour. Une lettre pleine
d’humour à laquelle le docteur répondra, lui aussi, en vers.
- pendant la guerre 39-45, dont il parlait
longuement, il avait eu pour fonction, en Angleterre, d’apprendre aux
jeunes recrues la fabrication et le maniement de bombes. Peut-être à
cause de cela, il était venu un jour à la mairie me demander
l’autorisation de faire exploser à la dynamite des souches restant sur
son terrain. Son épouse ne voyait pas cela d’un très bon œil et moi non
plus. La gendarmerie de Mauléon viendra à notre secours en annonçant
que le travail ne pouvait être fait que par une entreprise spécialisée.
- dans une lettre anonyme, écrite lors d’une période
électorale un peu agitée, il avait été traité de « fou dangereux ». Il
avait alors adressé à tous ses amis, proches ou lointains une
photocopie de la lettre avec ses commentaires, reconnaissant qu’il
était fou depuis longtemps. Humour anglais ou gallois ?…
Malheureusement, Mme Thomas va tomber gravement malade dans les années
85-86. M. Thomas fait alors appel au CCAS pour obtenir une aide
ménagère. Extrêmement satisfait de son travail, il exprime souvent ses
remerciements au Conseil Municipal. C’est à ce moment-là qu’il prend la
décision de léguer à la commune sa propriété (maison et plus de 5000 m2
de terrain). La donation est officialisée le 3 février 1987 .
Madame Thomas décède en janvier 1988, M. Thomas restera dans sa maison,
dont il a toujours la jouissance jusqu‘en 1989, Il décide alors d’aller
à Mauléon, d’abord à la maison de retraite puis dans un appartement.
Hospitalisé quelques années plus tard il devient centenaire puis décède
le 23 février 2008. Lui et son épouse reposent au nouveau cimetière de
Gotein-Libarrenx.
Après avoir évoqué ces quelques souvenirs, j’espère que vous serez
d’accord avec moi pour dire que Sorsaburia mérite bien de s’appeler,
maintenant, « La maison Thomas ».
Arnaud Lougarot